RFI : L’usage sonore du monde

L’usage sonore du monde

Depuis dix ans, chacun à leur manière, Félix Blume et Sophie Berger parcourent le monde qu’ils écoutent, enregistrent et recomposent dans des pièces sonores comme autant de fenêtres sur le large. Cette semaine, on leur donne la parole et surtout on leur tend l’oreille!

Quand en 1953, Nicolas Bouvier part avec son acolyte Thierry Vernet jusqu’en Afghanistan et au-delà, l’écrivain voyageur suisse emmène avec lui un enregistreur portable Nagra, encore à l’état de prototype, que lui a prêté son inventeur Stefan Kudelski. Durant ce voyage mythique qu’il relate dans son livre tout aussi mythique  «L’Usage du monde», le Nagra deviendra son sésame mais aussi le ferment du lien précieux qu’a eu toute sa vie, Nicolas Bouvier avec le monde, les sons venant irriguer plus largement son écriture ciselée, fine et sensible. 

Jusque-là, cet enregistrement de terrain ou «field recording» était une pratique, une démarche réservée aux seuls professionnels, ethnomusicologues ou audio-naturalistes. Et puis, la technologie aidant, capter les sons du dehors sera à la portée de voyageurs à l’écoute de ce chant du monde, qu’ils collectent, composent et restituent dans une vaste polyphonie aux accents scientifiques ou artistiques.

Chez Félix Blume, le voyage s’est invité dans sa vie alors qu’il était preneur de son sur des documentaires, souvent tournés à l’étranger. Il a alors commencé à nous envoyer des cartes postales sonores depuis le Mali ou le Venezuela, avec la complicité d’Arteradio, site pionnier et inventif du podcast en France. Ensuite, ce sont des fresques qu’il s’est mises à peindre avec ses micros, collectant les cris des marchands ambulants de Mexico ou le dialogue subtil entre la forêt amazonienne profonde, les animaux et les hommes qui la peuplent. En parallèle, entre Mexico, le Brésil et la France où il vit tour à tour, Félix Blume imagine de délicates installations sonores, dans les arbres au Mexique, les forêts en Belgique ou sur des pontons en Thaïlande, des créations aux allures d’invitation à voyager, dialoguer et surtout écouter.

Sophie Berger, elle, a 36 ans et place le voyage au cœur de sa démarche sonore. Formée à l’ENSATT (École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre), elle a décidé, à l’issue de ses études en 2012, de partir marcher trois mois le long de la Loire, micro tendu et oreilles grandes ouvertes. Depuis, elle a embarqué et enregistré trois mois durant sur un gros porte-conteneur depuis le Havre jusqu’en Chine et retour. Elle s’est lancée jusqu’à l’île de Pâques ou Rapa Nui et pris le large pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises, afin d’en ramener le son froid et pénétrant du vent à de telles latitudes. Artiste sonore indépendante, elle brode à chaque fois des pièces sensibles et immersives qui laissent une grande place au silence et à l’imaginaire de l’ailleurs. 

En parlant de leur travail et de leur position d’écoute et de prise de son, ces deux Français, vagabonds des ondes, nous racontent leurs voyages et leur usage sonore du monde à eux.

À ÉCOUTER ICI

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/si-loin-si-proche/20210709-l-usage-sonore-du-monde